DIEU ET LE DESTIN DE L’HOMME

Tous les chrétiens le savent : notre créateur à trois personnes imbriquées (ou incorporées ou fusionnées ou je ne sais quoi encore, va savoir…) a tiré l’homme du limon (et la femme d’une des cotes de son mec) afin que nous vivions à jamais heureux. Malheureusement, un serpent d’espèce non connue, mais selon toute vraisemblance un avatar de Satan, tenta Ève (en lui faisant bouffer un fruit ou en la niquant, ça dépend des interprétations) et introduisit le péché dans le genre humain. C’est à cause de tout cela que nous crevons, soit de maladie, soit de vieillesse, soit par accident. Ah, ce fameux libre-arbitre qui a tout gâché…

Fort heureusement, le plan merveilleux de Dieu[1] demeure, malgré notre état de pécheur. Selon Jérémie 29,11 du moins, le passage le plus cité par les églises pour étayer ce point de vue. Mieux : le Seigneur nous connaît même bien avant que le spermatozoïde et l’ovaire ne se rencontrent pour nous former (Jérémie 1,5) ! Et il avait déjà une mission pour nous, toute tracée.

À mon humble avis, l’analyse que font certains pasteurs et certains prêtres sur ces passages est sujette à caution et laisse perplexe.

Quant au premier verset cité, il ne convient guère de détenir une licence ou un doctorat en théologie pour se rendre compte qu’il est là question du peuple juif déporté, malmené, meurtri, enlevé de Jérusalem pour Babylone. Tout le contexte du Chapitre 29 l’indique sans l’ombre d’un doute. Mais comme très souvent les exégètes et autres curés sont passés experts dans l’art d’isoler un élément de son ensemble et surtout comme ils sont champions olympiques des raisonnements analogiques toutes catégories, ils ont enseigné et enseignent toujours que ce passage évoque le fidèle captif du péché qui doit prier pour se libérer et à qui Dieu promet un avenir meilleur. Soit…

Concernant le second passage, il est clair ici que Dieu s’adresse au prophète Jérémie et, à la limite, à tous les prophètes authentiques. Or tout le monde n’est pas né pour être prophète. Je ne crois nullement que tout croyant est doté du don de prophétie. À chacun selon sa mesure. Ainsi, Jérémie 1,5 ne s’adresse pas à tous les chrétiens, mais seulement à une frange de ces derniers, ceux destinés à prophétiser.

Mais quittons un peu ces « jérémiades »[2] et parlons du destin de l’homme. Ledit destin est-il censé être un long fleuve tranquille ? Je ne le pense pas un seul instant. Combien de personnes en qui on a décelé « une bonne étoile » ou à qui on a prédit un avenir radieux ont eu une fin tragique ? Je connais la réplique de nos amis frères et sœurs en crise (euh, pardon… en Christ) : si Untel a vu son destin manqué, c’est parce qu’il s’est détourné de la voie du Seigneur pour emprunter le sentier (large) de la perdition. Ah ouais ! Donc, si je pige bien, quiconque meurt d’un accident de la circulation de manière « prématurée » (encore faut-il prouver que c’est le cas) s’est détourné de la voie du Seigneur ? Assez original comme raisonnement ! Que penser des mort-nés, ou encore des autistes sévères, des handicapés mentaux, des déréglés cérébraux, si ces trois derniers cas le sont dès leur naissance ? Quel plan merveilleux leur accorde Dieu ? En quoi ces pauvres hères sont-ils responsables de leur triste état ?

Ce que je dirai par la suite peut choquer un esprit peu habitué aux pensées non conformistes, mais j’ose le dire : Dieu ressemble à un joueur de dés ou de cartes qui manipule à sa guise sa créature l’homme, selon des modes opératoires impénétrables et insondables. Pour une raison ou pour une autre qui échappe superbement à notre intellect d’homo sapiens sapiens, il rend certains heureux et d’autres paumés. Le tri final, appelé Jugement Dernier, clôturera ce petit jeu. Certaines boules du loto divin tomberont tout droit en enfer et d’autres rejoindront le Paradis. Selon des règles que nous croyons bien souvent simples à respecter, bien établies, mais qui accouchent souvent de manifestes incongruités. Hitler au Paradis ? Pourquoi pas, si Dieu le veut ? L’Abbé Pierre en enfer ? Ce ne sera pas étonnant, car on aura tout vu sur Terre. Pourquoi pas au Ciel le Dernier Jour ?


[1] PLAMEDI en français kinois…

[2] Au sens de « passages du Livre de Jérémie »