DES CAUSES LOINTAINES ET PROFONDES DE LA CORRUPTION EN RÉPUBLIQUE DÉMO(N)CRATIQUE DU CONGO

  Bienvenu en RDC, bled paumé au centre du continent le plus pauvre, peuplé d’un peu plus d’une soixantaine de millions d’âmes. Dès votre arrivée à l’aéroport de N’DjiliKin), de Kisangani ou de Goma, vous vous sentez soudain dans un autre univers, duquel se dégage un sentiment malsain. Un monde qui, vos premiers pas franchis, vous montre les incongruités de ses lois. Il ne manque plus que les gens marchent sur le front ou que les rochers planent. Des taxes et des tracasseries ? Il y en a à tous les niveaux et de toutes les couleurs, et d’un montant et d’une nature rarement légaux. Une fois payées, ces taxes, croyez-vous qu’elles seront versées au Trésor ? Pas nécessairement (en fait, très rarement). Deux ou trois quidams plus haut placés vont les accaparer dans la plus totale impunité. Au cas où vous prendriez le parti de ne pas sortir votre argent, peine perdue. Des billets, de toutes les manières, seront versés… pour corrompre ces agents de l’État qui vous épargneront des dérangements. Corruption qui sévit également dans tous les Cours et Tribunaux du patelin, désactivant la justice comme un malfaisant virus rend inopérante la protection d’un Avast. Tolérance zéro de mes deux !

  Qui donc est l’auteur de cette toile inferno-surréaliste ? D’où vient qu’en RDC, le mal devienne une richesse nationale ? À ces deux questions, de plus en plus de gens fournissent une réponse quasi-robotique : c’est la faute au colon, à son démoniaque système capitaliste. On aurait, pour ainsi dire, importé tous les vices d’Occident, nos sociétés traditionnelles ayant été, semble-t-il, des modèles de moralité, de probité et d’organisation.

  Qu’en est-il ?

  Eh bien, oui, c’est la faute aux Blancs (quoi ? ma réponse vous surprend ?) ! La Loi du plus fort, teintée de démocratie et de Droits de l’Homme, a toujours été le propre des nations dites civilisées. Tous les moyens sont bons pour atteindre leurs objectifs. Et les bons moyens, rarement efficaces dans une société où l’homme ne naît pas bon (pardon à Rousseau), cèdent très rapidement la place à des méthodes peu orthodoxes, aux antipodes de la morale et de la religion que ces mêmes Blancs ont enseignées dans les églises implantées. Drôle de paradoxe… Certes, dans notre société congolaise, il a toujours existé des voleurs et des manipulateurs. Le mal était cependant circonscrit et superficiel, presque sporadique. Il infecta telle une gangrène et se généralisa telle une septicémie lorsque de nouvelles façons de vivre et de nouvelles infrastructures supplantèrent le modèle traditionnel. Vivement nos palabres, vêtus que nous étions en raphia, dans une case de chef et autour d’un vin de palme capiteux, cette bonne vieille époque où tout paraissait marcher comme sur des roulettes (1) !

  Mais alors, pourquoi les antivaleurs se tissèrent-elles en des liens si inextricables en RDC ? Pourquoi le Congolais suit-il si aveuglement le mauvais côté de la civilisation occidentale, négligeant avec autant de désinvolture la bonne part du gâteau colonial (2) ?

  Sans avoir des penchants xénophobes ou des visées sécessionnistes, il convient de rechercher dans l’Histoire après l’indépendance quel régime amorça et entretint l’ignoble tandem vol-corruption. Pas besoin d’être un futé enquêteur ou d’avoir un intellect einsteinien pour deviner que Mobutu et sa clique équato-chapardeuse imposa officiellement ledit tandem comme une religion d’État. La porosité psychologique de cette clique à ces antivaleurs d’origine essentiellement occidentale tient en ceci : au climat. Je m’explique.

  Dans la Province de l’Équateur règne un climat qui lui donne bien son nom : climat équatorial. La saison sèche, sous un soleil caniculaire permanent, est absente. Avec ça, pas question de faire les champs : quand il ne fait pas chaud, il pleut ; quand il ne pleut pas règne une chaleur d’étuve à ne pas mettre sa tête dehors. Pour survivre, faut pas trop fournir d’efforts inutiles. Alors on pratique la chasse et la cueillette. En effet, tendre des pièges à une antilope ou décocher des flèches sur un félin léopardien ne demande que la concentration du viseur. De même, monter sur un arbre histoire de consommer des bananes, des mangues ou des noix de coco n’exige que l’agilité du grimpeur, de surcroît sous l’épaisse ombre du feuillage forestier non moins épais lui-même. Fraîcheur garantie. Quant à la pêche, lorsqu’on s’y adonne, c’est le plus souvent en plein fleuve. Même sous un soleil accablant, l’eau a le temps d’alléger la souffrance du pêcheur. Celui-ci trime, mais pas trop. En somme, vu le climat clément de la Province, pas besoin d’amasser des provisions : il n’y a ni saison sèche ni hiver ni automne. De la bouffe, il y en aura toujours, et à la pelle…

  Transposons ces mœurs dans le système congolais quelque temps après 1960. Les caisses de l’État jadis belge sont bien fournies. La zaïrianisation fait croire aux gens au pouvoir que l’emprise du colon est désormais révolue. On doit par conséquent se servir comme on le désire, comme on cueille des fruits en forêt. Le vol et la corruption, redoutables armes laissées par les Belges, sont mis à la disposition du peuple congolais (spécialement équatorien) afin qu’il réalise un but ancestral et atavique sans trop fournir d’énergie… comme en forêt équatoriale, quoi ! L’abondance des ressources disponibles crée l’illusion (elle la crée toujours en 2009) qu’il y en a et qu’il y en aura toujours… à la manière du gibier, du poisson et des fruits que Dame Nature renouvelle sans cesse ! Cette loi du moindre effort, tel un pernicieux héritage, se transmet de gouvernement en gouvernement, jusqu’au nôtre. Le mal est d’ailleurs si profondément ancré que s’en débarrasser, c’est renverser tout un modèle de vie. C’est comme désinstaller Windows et espérer que le reste des applications continuera à fonctionner (3).

  À moins d’écarter les gros malfaiteurs qui hantent les gouvernements central et provinciaux (ainsi que leurs sbires qui infestent tels les requins l’Administration dans tous ses échelons) et, par après, d’appliquer une politique extrêmement rigoureuse de changement de mentalité, je ne vois pas sincèrement comment les choses changeront en bien dans le bled Congo. Ah si, il y a une autre possibilité : le retour tant attendu du Christ, peut-être en 2012. Ça fait presque 200 ans qu’on l’attend, celui-là. Il viendra, certes, mais je ne pense pas que cela se produira en cette année dans chantée par les médias plus ou moins ésotérico-hollywoodiens. Alors n’y comptez pas trop. Quoique…   

1 Qu’on n’a pas inventées, mais c’est tant mieux…

2 Empoisonné en grande partie, tout de même…

3 Peut-on d’ailleurs désinstaller Windows sans effacer en même temps le reste, à moins que ce reste soit une autre partition de disque dur ? Avis aux informaticiens…