Ma vision de la Bible, de la Vierge Marie et des saints

Ou l’analyse critique, quoique ramassée, d’un catholique quelque peu sceptique…

  I. La Bible

Conglomérat de livres écrits en plus d’une langue ancienne allant de l’araméen à l’hébreu en passant par le latin et le grec, la Bible est actuellement traduite en pas moins d’une centaine d’autres langues, voire dialectes. Avec autant de traductions, dont plusieurs pour une seule langue, on peut légitimement se demander si aucune erreur d’interprétation ne saurait se glisser. En effet, tous les traducteurs le savent, pour de telles quantités de texte, il est impossible de respecter le sens originel des textes. Du moment qu’aucune version d’une même langue n’est identique, au moins l’une des interprétations doit être faussée.

Par ailleurs, je ne sais pas trop au nom de quel principe et dictés par je ne sais quelles motivations les premiers traducteurs ont décidé de limiter à tel nombre de livres. Encore que ledit nombre diffère d’une version à une autre. Les livres deutérocanoniques sont-ils indispensables ou superflus ? Peut-on dans le futur ajouter un nouveau livre ou de nouveaux chapitres dans un livre existant ? Peut-on retirer un livre jugé par trop suspect par l’intelligentsia théologique ou retirer certains passages bibliques ?

Les chrétiens les plus endurcis ont une réponse toute faite à mes interrogations : toute Écriture est inspirée de Dieu, de un. De deux, il convient de ne rien ajouter ni de rien retrancher à la Parole divine. Je rétorque ceci : je veux bien que toute Écriture soit inspirée de Dieu. Mais de quelle Écriture s’agit-il ? De la Bible telle que rassemblée par les exégètes ? De l’Ancien Testament ? Du nouveau Testament ? Des deux ? Du Pentateuque ? Faut poser la question à Paul, auteur de cette affirmation ambigüe. Pour ce qui est de la citation qui raconte qu’il ne faut rien ajouter ni rien retrancher, elle se retrouve dans l’Apocalypse. N’ajouter rien et ne retrancher rien à quoi ? « À ce livre », autrement dit, à l’Apocalypse même. Je n’ai jamais compris pourquoi ni comment on extrapole pour finalement déclarer qu’il s’agit de la Bible tout entière. C’est que vous devez savoir que le Livre des Révélations ([1]), chronologiquement, ne fut pas le dernier de la Bible ! Je doute énormément que l’auteur de l’Apocalypse, en citant cette phrase, ait fait référence à tous les livres antérieurs t postérieurs à l’Apocalypse, lui-même compris. D’autant plus que la lecture attentive du texte ([2]) évoque l’interdiction de travestir la PROPHÉTIE écrite dans ce livre, en y retranchant ou en y ajoutant des éléments. Arrêtez-moi si je me trompe, mais la Bible n’est pas que prophéties ! Le livre de l’Apocalypse, lui, si.

En somme, la Bible est-elle inspirée par Dieu ? Certains de ses passages le sont, peut-être la majorité. Et si tel est le cas (car honnêtement, je n’en sais rien), alors elle est inspirée en globalité. Toutefois, vu les multiples traductions et versions qui ont nécessairement déformé plus ou moins grandement le message originel, bien malin et malhonnête est celui qui dit qu’à coup sûr, tel ou tel verset est inspiré et pas tel ou tel autre. Même les similitudes ou les identités de traductions ne sont pas une garantie de véracité : toutes ces traductions peuvent parfaitement se référer à un seul et unique manuscrit qui n’est ni original ni fiable par rapport au message originel divin. Et cette petite réflexion de chômeur que je suis répond d’elle-même à la question de l’ajout ou du retrait de certains passages de la Bible : du moment qu’il n’est pas facile (pour ne pas dire qu’il est impossible) de distinguer dans la Bible ce qui est inspiré par Dieu de ce qui l’est moins, pourquoi ne pas insérer plus tard, un beau jour, un texte (apparemment) inspiré ou, à l’inverse, retirer des passages jugés par après… peu catholiques ? En bon chrétien, je dirai que seul l’Esprit-Saint est censé utilement nous guider dans la compréhension, l’ajout ou le retrait des passages bibliques, vaste forêt remplie de serpents de confusion et des lianes de contradictions ([3]) (avérées ou pas).

II. La Vierge Marie

Dans ce point, il y a beaucoup à dire, à boire et à manger…

Ce personnage du Nouveau Testament semble avoir été vierge, de sa naissance à sa mort. Qu’elle n’ait pas connu d’hommes jusqu’aux premiers vagissements de l’enfant Jésus, pourquoi pas ? Cependant, je conçois mal la raison sur laquelle on se fonde pour spéculer que Marie est resté pucelle de la naissance du Christ jusqu’à la fin. Sous prétexte qu’elle a enfanté le Roi des rois, serait-il proscrit à la Madone de s’amuser un peu avec son mari Joseph ? Ce titre de Vierge Marie lui sied parfaitement non pas du fait qu’elle n’a pas couché avec un homme toute sa vie, mais de ce qu’elle s’est préservée des plaisirs charnels avant la venue au monde du Sauveur. Donc, à mon sens, Marie a été vierge, oui, mais seulement jusqu’au jour où Joseph l’a dépucelée, plus tard après l’accouchement de Jésus-Christ.

Quant au dogme de l’Immaculée Conception, il tient debout : en toute logique (humaine, faut-il le préciser), un corps qui a porté en son sein le Fils de Dieu ne peut être que dépourvu de péchés, voire du péché originel qui souille tout mortel à 23 paires de chromosomes. Or plusieurs fois dans la Bible, il est écrit que tout homme est pécheur et il n’en est pas un seul de juste sur la planète [même si certains hommes ont été reconnus justes devant Dieu de leur vivant (sic)]. La Vierge Marie bénéficierait-elle d’un privilège unique ? En toute logique, oui. Mais ma foi hésite à répondre positivement à cette question, tout comme elle peine à croire à ce qui suit.

Une autre invention de l’Église catholique est la proclamation de Marie Reine du Ciel et… Mère de Dieu ! C’est un peu fort, vous ne trouvez pas ? Je veux bien que Marie soit la mère de Dieu le Fils, autrement dit de Jésus-Christ. Mais qu’elle soit la mère de Dieu le Père ou de Dieu Esprit-Saint, voilà du délire ! Marie aurait-elle enfanté le Créateur de l’Univers visible et invisible ? Ou encore l’Esprit-Saint ? Bon ! Je reconnais ici que je raisonne selon ma logique toute humaine et peux me tromper, surtout quand nul n’ignore que la Trinité est un fabuleux mystère que peu comprennent (je n’y pige que dalle), quoi qu’il constitue une réalité. Toutefois, mon for intérieur crie que quelque chose cloche dans le dogme de Marie Mère de Dieu. Quant à savoir si Marie est Reine du Ciel, seul le Dieu souverain peut le décider. Je ne vois toutefois aucun indice qui le laisse penser. Cette théorie semble avoir été cousue de mauvais fil et ne repose sur rien de concret, voire d’abstrait. J’attends des explications ou des justifications avec impatience.

En fait, Marie est-elle montée au Ciel ? Nous abordons ici, vous l’avez compris, le thème de l’Assomption. Alors que tous les mariophanes, mariophiles, mariomanes, mariologues et maristes s’accordent quant à la montée de la mère du Christ au Ciel, des divisions règnent en ce qui concerne la nature de l’être qui est monté. Était-ce simplement l’esprit ou l’esprit accompagné du corps physique qui s’éleva dans les nues et qui les atteignit par je ne sais quel procédé divin ? En réalité, la question ne peut guère se poser. En effet, Elie et Énoch ont été enlevés corps et âme dans les airs par Dieu, même si on ne connaît pas trop leur destination. On a vu des personnages peu engageants, comme l’un des larrons, se retrouver au Paradis, sur promesse solennelle du Christ crucifié. Encore, selon nos doctes théologiens, que Ciel et Paradis soient différents… Bref, il est parfaitement concevable d’imaginer Marie au Paradis, au Ciel ou je ne sais à quel niveau céleste aussi bien en esprit qu’en corps et en esprit. Cela peut être le cas tout comme cela n’a peut-être jamais eu lieu, du moment, entre autres, qu’aucun écrit officiel ne l’atteste. Les rares apocryphes qui en parlent ou les visions des saints qui en font mention ne sont pas toujours paroles d’évangiles, quand bien même on aurait tendance à les croire sur parole. Marie montée au Ciel est donc envisageable, mais pas certain…

Parlons enfin des grains plus ou moins gros et plus ou moins ronds, le tout accroché à une corde plus ou moins longue, qu’on appelle chapelet. Quand on récite ce dernier, les Notre Père, Gloire au Père et Je vous salue pleuvent à torrents.  Quant au Rosaire, qui n’est rien d’autre qu’un chapelet plus fourni en graines, c’est carrément un déluge. Je n’ai rien contre toutes ces patenôtres. Hormis peut-être le Je vous salue qui me paraît une drôle d’invocation. De toutes phrases on peut faire des prières, même des salutations, surtout lorsqu’elles proviennent d’un ange (et pas n’importe lequel : Gabriel). C’est plutôt la fin de cette louange qui me fait tiquer. Celle-ci se transforme brusquement et inexplicablement à la fin en une prière d’intercession. Un ajout aux textes bibliques (« Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous » et blablabla). Il n’est certes pas défendu de modifier une prière biblique pour l’adapter à un contexte particulier. Cependant, j’aimerais franchement savoir pourquoi les exégètes ont accordé à Marie ce statut d’ « intercesseuse » universelle (le mot n’est même pas au dico). Sur base de quelle tournure logique en ont-ils décidé ainsi ? Sur base du raisonnement d’homo sapiens selon lequel comme Marie porta le Fils de Dieu, elle devient quasi-médiatrice comme ce dernier ? Sur base de quel obscur texte, apocryphe ou pas ? Certes, Marie est pleine de grâce, bénie d’entre toutes les femmes. L’invocation de son nom peut avoir des effets, notamment au cours de certaines séances d’exorcisme. Néanmoins, cela ne justifie guère une telle répétition de la prière lui dédiée, une telle insistance, qui semblent virer à de l’idolâtrie. Le nombre de médailles, de souvenirs et de bibelots en hommage à la Reine (supposée) du Ciel ne se compte plus. L’Église catholique frôle même le blasphème en dogmatisant que Marie est co-redemptrice des hommes (encore un mot absent du dico) ! C’est le bouquet. Moi qui croyais que la rédemption ne vient que d’un seul nom, Jésus-Christ, voilà qu’on colle à notre Sauveur une adjointe dans cette tâche, sa mère en l’occurrence.

De fil en aiguille, ma réflexion d’oisif me conduit vers les apparitions dites mariales qui existent depuis au moins le 17e S, mais dont apparemment la fréquence a augmenté ces cent dernières années. Je n’ai jamais remis en cause l’authenticité des apparitions en soi, même de celles non reconnues par l’Église. Il s’y opère bel et bien des miracles, il s’y déroule des trucs assez bizarroïdes et des plus étranges. Des témoins, parfois par dizaines de milliers, sont présents qui attestent tout cela. On ne peut honnêtement tout réduire à des hallucinations ou à des hystéries collectives. Mais la question fondamentale est celle-ci : est-ce la Sainte Vierge qui est à l’œuvre ? Dans ses différents récits prophétiques, la Bible ne mentionne nulle part qu’aux temps de la fin ou en tout autre temps, Marie s’érigera en messagère de paix ou de catastrophes, selon le cas. Tout n’est pas dans la Bible, rétorqueront plus d’un catho viscéral. Fort bien. Ne pensez-vous pas cependant que des événements aussi majeurs de la foi chrétienne devraient ne fût-ce qu’être effleurés par même un sombre prophète ou par un bout de verset ? Qu’on me contredise : j’ai fouillé dans toutes les versions bibliques françaises, nothing ! En conclusion, les apparitions dites mariales peuvent bien être l’œuvre de Marie ou de toute entité, divine ou ténébreuse. Toutefois, quant à la première hypothèse, j’ai de très sérieux doutes…

III. Les saints

Le mot « saints » signifie tout un tas de choses dans la chrétienté. Il peut autant désigner tout chrétien qui s’efforce de vivre dans une certaine pureté spirituelle qu’un homme ayant dignement vécu sa vie de chrétien, sans laisser pour compte toutes les conceptions intermédiaires ou similaires de ce vocable. Ici, je m’attarde sur le deuxième sens. Disons d’emblée que des saints, il y en a eu, il y en a et il y en aura toujours, ad vitam aeternam ([4]). Qu’ils intercèdent pour nous ne pose, à mon avis, guère de problème. L’Apocalypse (encore ce livre !), en son sixième chapitre, parle d’individus séjournant dans un lieu de repos (non localisé) qui demandent au Seigneur de tirer vengeance de leur sang et de sang de tous ceux qui sont morts pour la Parole de Vie et à cause de leur témoignage exemplaire de vie chrétienne. Tel est mon point de vue qui peut s’avérer erroné, je le conçois aisément.

Là où pas mal de gens et moi-même ne sommes pas d’accord avec le catholicisme romain, c’est que ce dernier ose sans vergogne déclarer saint qui il veut et quand il veut. Elle reconnaît certes volontiers qu’il est bon nombre de saints inconnus. Cependant, ne l’oublions jamais, seul Dieu, qui sonde les cœurs et les reins de tout homme, c’est-à-dire les tréfonds de sa pensée, connaît l’état d’âme véritable de quelqu’un. Seul Lui peut dire qu’un quidam est saint ou pas. Oui, je sais. On me racontera que la sanctification, précédée de la béatification (encore une drôle de théorie), suit toute une longue procédure, parfois étrangement abrégée, comme ce fut le cas en 2002 de Rosemaria de Escriva de Balaguer, fondateur de la tant décriée Opus Dei. On me narrera que des signes parfois sensibles (du genre odeur de parfum autour d’une tombe, pousse subite et mystérieuse de fleurs et j’en passe) accompagnent le canonisé. Je suis dans le regret de vous dire que tout cela ne suffit pas à déclarer qu’on est saint ! Et je tais les fort nombreux et honteux cas de l’histoire de l’Église, particulièrement de la triste période des Inquisitions, période durant laquelle étaient canonisés d’office ceux qui envoyaient au bûcher des mécréants à la pelle ! Je doute que le Vatican ait retiré de sa liste de saints ces noms du sang et de l’ignominie. Je n’affirme rien, je doute seulement.

En gros, compte tenu du flou artistique (voire gaussien) qui entoure cette affaire de saints, je préfère m’abstenir de demander leur intercession. J’ignore en effet si tel saint l’est ou ne l’est pas en réalité et je ne peux me fier aveuglement à la liste que l’Église Romaine a bien l’obligeance de nous fournir. Le proverbe qui martèle qu’il vaut mieux prier Dieu que ses saints revêt ici toute sa force…


[1] L’Apocalypse, quoi…

[2] Il s’agit du dernier chapitre.

[3] La Bible est remplie de contradictions parfois grossières. Consultez le site http://ukko.free.fr pour plus de détails.

[4] Jusqu’au Jugement Dernier…